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Les grands centres urbains haïtiens, notamment l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince, le Cap-Haïtien, les Cayes, assurent une collecte et une gestion très peu organisées des déchets, en particulier, les résidus solides. En témoignent, les piles de détritus qui jonchent les trottoirs, les coins de rue et les marchés publics. Les données disponibles sur cette problématique montrent que sur les 11 millions d’habitants qu’Haïti héberge, 56% résident en milieu urbain, le taux de production de déchets solides tourne autour de 0.6 kg par personne par jour et le taux de collecte de ces déchets avoisine les 12% selon la Banque Mondiale (2018). Sur la base de ces chiffres, on peut comprendre rapidement qu’environ 6 000 tonnes de déchets solides s’accumulent quotidiennement dans le pays, notamment dans les centres urbains, à défaut d’un système de collecte efficace des municipalités et des acteurs du secteur privé. Les causes à la base de cet état de fait sont multiples et complexes. On peut citer par exemple, les déficits en matière de ressources matérielles, humaines et financières des acteurs intervenant dans ce secteur.

Les conséquences de ces détritus sur l’environnement, la santé et le secteur touristique du pays sont sans appel. Pourtant, ces déchets qui compliquent la vie des Haïtiens sont une source énorme d’opportunités économiques sur laquelle pourraient capitaliser les entreprises privées des secteurs formel et informel à travers des activités de collecte, transport et vente des objets recyclés et non recyclés.

Le tri à la source constitue une étape primordiale pour valoriser les déchets solides. Lors des ateliers de réflexion et d’échange réalisés par le Laboratoire d’Accélération et d’Innovation du PNUD au cours du mois de juillet 2021, les acteurs (experts, chefs d’entreprises, chefs de projets, organisations communautaires, chefs de ménages) qui interviennent dans le domaine de la gestion des déchets solides en Haïti ont largement partagé ce point de vue. Selon ces acteurs, le tri devrait intégrer les pratiques quotidiennes des ménages et des institutions haïtiennes si on veut réellement mettre en place un système efficace de gestion et de valorisation des déchets solides.

Comprendre le tri à la source

Le tri à la source consiste à séparer les déchets depuis leur lieu de production en fonction de leur nature avant même la collecte par les opérateurs. Le tri peut aussi se réaliser au moyen de poubelles  installées à des endroits préétablis par les autorités, notamment sur les voies publiques, dans les marchés publics, les déchèteries, entre autres.

Tri à la source, création d’emploi et protection de l’environnement

Il existe une diversité de raisons justifiant le tri à la source des déchets. En premier lieu, ce type de tri favorise l’augmentation de la quantité de déchets valorisés. De cette manière, les entreprises spécialisées peuvent trouver plus aisément les intrants nécessaires à leurs activités de valorisation des déchets à travers des processus de recyclage, de compostage, de production d’énergie, de réutilisation directe et de stockage destinés à la revente. Comme on peut le comprendre, ce simple geste aura des effets positifs sur le fonctionnement, la création d’entreprises et la génération d’emplois le long des filières de la gestion des déchets solides. Par exemple, un pays comme la Suède génère plus de 50 millions de dollars par année en mettant en place un système de gestion, tri et valorisation des déchets générés par sa population[1].

En deuxième lieu, le tri à la source permet d’éviter la souillure des déchets recyclables et du même coup, réduire les pertes de temps, de ressources et d’énergie alloués à cette activité. En conséquence, elle réduit les coûts du traitement et de valorisation des déchets au niveau des entreprises.

En troisième lieu, le tri à la source contribue à l’économie des ressources naturelles, dans la mesure où les objets recyclés peuvent remplacer valablement les produits originaux. Ce point de vue suppose que les déchets qui arrivent pêle-mêle dans les sites de décharges, dans les ravins et les trottoirs ne sont que du gaspillage de ressources.

En quatrième lieu, le tri favorise l’amélioration de la qualité de l’environnement, le cadre de vie et la santé de la population. Cette opinion se justifie à travers son impact sur la réduction des dépotoirs sauvages. Les activités de tri et de recyclage contribuent à la réduction des activités directement liées à l’extraction, au transport et à l’utilisation de ressources naturelles (le bois, le sable, les minerais, le pétrole brut) qui affectent  la planète et  notre environnement.

Des idées pour mieux faire le tri à la source

Les acteurs ayant participé aux ateliers organisés par le Laboratoire d’Accélération du PNUD ont proposé de miser sur une stratégie de communication communautaire ciblant les lieux publics (écoles, églises, marchés publics, etc.) afin de sensibiliser et d’éduquer les populations, toute génération confondue, sur des méthodes simples et peu coûteuses pour faire le tri des déchets solides générés. Ils ont préconisé la mise en place de quatre poubelles  étiquetées, de différentes couleurs, chacune dédiée à un ou des types spécifiques de déchets : biodégradables, solides (en verre, plastique ou métal), radioactifs, papiers, etc. Les propositions des acteurs se fondent sur des expériences observées dans d’autres pays à travers le monde et tiennent compte d’une série de contraintes observées sur le territoire national.  

a)     Les poubelles grises, destinées à la collecte des déchets alimentaires ;

b)    Les poubelles jaunes, réservées à accueillir les déchets en carton, les emballages en plastique, les boîtes de conserve, les pulvérisateurs.

c)     Les poubelles bleues, destinées à stocker les déchets en papiers, les journaux, les magazines

d)    Les poubelles vertes, réservées aux déchets en verre.

Dans la mesure du possible, les poubelles peuvent être installées dans des espaces appropriés au sein des ménages, des institutions ou dans des points de collecte proches des communautés. Le laboratoire invite les acteurs étatiques et de la société civile à mettre en œuvre des actions allant vers la mise en place de ces mesures afin de mieux valoriser les déchets, protéger l’environnement et améliorer le cadre de vie de la population nationale. 

 

Bibliographie

World Bank Group (2018), "What a Waste 2.0: A Global Snapshot of Solid Waste Management to 2050", Urban Development Series. Washington, DC.

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=14r7f9khK70

 

 

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