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La mauvaise gestion des déchets solides est l’un des problèmes qui sautent aux yeux lorsqu’on circule dans les villes haïtiennes. Selon des estimations de la Banque Mondiale, les 11 millions habitants résidant sur le territoire national produisent environ 6 600 tonnes de déchets en une journée. Cependant, seulement environ 12% de ces déchets sont réellement collectés par les institutions publiques et privées. Ces données supposent que plus de 6 000 tonnes de déchets supplémentaires constituent le décor quotidien des centres urbains du pays, soit plus de 42 000 tonnes en une semaine, ou plus de 180 000 tonnes en un mois. Conscient du problème, le Gouvernement haïtien a déjà pris des engagements sur le plan national à travers une série de plans et de politiques publiques. Parmi lesquels, on peut citer le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH). L’État haïtien s'est aussi engagé sur le plan international à travers l’Agenda 2030 pour le développement durable et, l’accord de Paris. Au-delà des engagements gouvernementaux, les résultats à obtenir dans le domaine de la gestion des déchets solides doivent provenir des actions de toutes les composantes de la société haïtienne. Sur cette base, le Laboratoire d’Accélération d’Innovation d’Haïti propose une piste de réflexion et d’actions autour de la théorie des 3 R.

Un coup d’œil de plus près autour des 3 R 

La paternité de la théorie des 3R n’a pas encore été établie. Le premier R signifie Réduire. Il invite la population à prendre les mesures appropriées pour diminuer la quantité de déchets produits dans le cadre de ses activités de production, consommation et distribution. L’atteinte de cet objectif passe par la réduction des biens de faible qualité ou qui sont jetés à la poubelle peu après les avoir utilisés. On veut parler, par exemple, des pailles, de la vaisselle jetable et des sachets en plastique. L’inverse de cette proposition est aussi valable, dans le sens où il faut encourager la production des biens de meilleure qualité qui durent plus longtemps.

Le deuxième R se réfère à Réutiliser.  Il encourage la population à donner une deuxième vie ou à trouver de nouvelles façons d’utiliser les objets et biens de consommation, les emballages, les produits ayant encore une certaine valeur au lieu de les jeter à la poubelle après un seul usage. Par exemple, si on a une chaussure usagée, on peut le réparer, le partager, ou le vendre à un ami, un parent ou un voisin. Ce verbe cache également l’idée de prioriser des objets, des emballages, des contenants durables et réutilisables dans le cadre des activités quotidiennes des ménages.

Le troisième R fait référence à Recycler. Il indique que la plupart des déchets produits à la maison et dans les institutions peuvent être utilisés pour fabriquer de nouveaux produits pouvant remplacer valablement les originaux achetés quelque temps auparavant sur le marché. Ainsi, les journaux, les magazines, les cahiers, les livres jetés pêle-mêle dans des coins de la maison, de la cour ou du garage ou dans la nature peuvent être recyclés en nouvelles feuilles de papiers qui seront par la suite utilisées pour publier de nouveaux journaux, magazines, cahiers et livres. De même, les restes d’aliments, les pelures de banane, de mangue, par exemple, peuvent produire des composts, un engrais naturel très utile à la production des fruits et légumes à la maison et au jardin.

Un regard sur la gestion des déchets solides en Haïti à travers les lunettes des 3R

Les progrès en matière de gestion des déchets solides en Haïti sont très faibles. Sans aucun doute, cette situation peut être expliquée par la faible application de la mesure des 3R par la population. En effet, les comportements allant dans le sens de la réduction des déchets sont faiblement observés au sein de la population haïtienne. De même, les initiatives mises en œuvre par les acteurs en vue d’atteindre un tel objectif sont rares, ou localisées dans des communautés très réduites et pendant un temps limité. Pour réduire les volumes de déchets générés par les marchés publics en Haïti, on pourrait prendre des mesures offrant des alternatives à l’empaillage des fruits et légumes (mangue, melon, banane) par les madan sara dans le cadre de leurs activités de vente des produits agricoles dans les centres urbains. Cette même idée s’applique également dans le cadre du commerce des variétés de banane plantain vendues sur les marchés urbains sans avoir subi un dépattage au sein même des exploitations agricoles. Suivant cette même ligne d’idées, les entreprises de production de boissons peuvent augmenter la vente de leurs produits à travers des bouteilles réutilisables et réduire la vente dans des bouteilles en plastique.

Les idées véhiculées par la réutilisation sont très fortes en Haïti. En effet, il existe une forte tradition en matière de réparation, d’échange, et de vente d’objets usagés au sein de la population haïtienne. Les transactions autour des objets usagés se trouvent renforcées au cours de ces dernières décennies en raison de la détérioration des conditions matérielles d’existence de la population et la libéralisation du commerce extérieur, au point que le pays est devenu un important exutoire de biens et matériels usagés des pays nord-américains. Le marché des produits usagés venant de l’international ne fait pas honneur à la capacité productive et aux coutumes de la population haïtienne. En plus, il réduit à leur simple expression les activités des filières jouissant d’une forte portée culturelle, comme celles en lien avec la couture, la cordonnerie, la broderie et l’artisanat. C’est pourquoi, le mieux serait de réduire l’importation des objets usagers et de renforcer les petites et moyennes entreprises se spécialisant dans les filières susmentionnées. En même temps, les mécanismes renforçant les traditions en matière d’échange et de réparation des produits usagés, ainsi que celles en rapport à la production d’objets durables doivent être mis en œuvre par les instances gouvernementales, les entreprises privées et communautaires.

Pour ce qui concerne le recyclage, on a pu observer des efforts remarquables du côté des entreprises privées au cours de ces dernières décennies. Les entreprises de recyclage les plus en vue dans le pays se spécialisent dans la transformation de certains déchets plastiques en granulé pour le marché international et en emballage pour le marché local. Les entreprises comme Haiplast Recycling SA, E Recycling et Environnemental Cleaning Solutions (ECSSA), rentrent dans cette catégorie. On rencontre aussi une entreprise comme Haiti Recycling-GS Solutions, qui collecte et exporte des déchets métalliques pour alimenter les entreprises de recyclage des métaux se trouvant à l’extérieur du pays. Des efforts substantiels devraient être réalisés en vue d’augmenter la capacité de recyclage de ces entreprises, d’augmenter leur nombre, et diversifier leur présence sur tout le territoire national, notamment les chefs-lieux départementaux.

Ces mêmes efforts devraient être réalisés dans les filières de recyclage des déchets organiques représentant la composante la plus importante des gisements de déchets rencontrés sur le territoire national. En parallèle de ces interventions, on devrait augmenter la mise en place des centres de collecte et sensibiliser la population sur l’importance de faire le tri de ses déchets en vue de leur valorisation.

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