PORT-AU-PRINCE, 29 octobre 2009 – C’est dans le cadre du lancement du 19e Rapport Mondial sur le Développement Humain que le Représentant Résident du PNUD, M. Joël Boutroue, a exposé les aspects positifs et négatifs de l’étude annuelle qui porte cette année sur la mobilité et le développement humains. Ce Rapport touche particulièrement Haïti puisque en moyenne 12 000 personnes sortent du pays chaque année, la plupart pour des raisons économiques. « Il n’est pas exagéré de dire qu’Haïti n’aurait pas pu survivre comme elle l’a fait depuis plusieurs années ou décennies sans l’émigration », a déclaré M. Boutroue en ajoutant qu’environ, 1 500 haïtiens meurent annuellement en haute mer sur des bateaux de fortune.
Cette analyse réalisée par le PNUD, jugée novatrice par le Représentant Résident, questionne certains stéréotypes sur les migrations en soulignant entre autres la forte prédominance des migrations internes, rejetant le fait que la majorité des populations qui migrent le font des pays en développement vers les pays développés. « En fait la migration à l’intérieur d’un même pays ou d’une région, et même la migration d’un pays en développement vers un autre pays en développement est de loin beaucoup plus importante que la migration vers les pays développés », a-t-il souligné.
Avec un revenu au moins 15 fois supérieur à celui de son pays d’origine, le migrant voit sa productivité augmenter considérablement. Il est également important de mentionner que l’impact de la migration sur le pays d’origine est des plus positifs grâce aux transferts d’argent de la diaspora vers Haïti qui étaient de l’ordre de près de US$1.8 milliard en 2008, soit près du double de l’aide internationale annuelle. Malheureusement, beaucoup d’Haïtiens à l’extérieur risquent de se retrouver du jour au lendemain sans ressources et aucun moyen de recours auprès des autorités, surtout s’ils sont en situation illégale.
C’est pour ces multiples raisons que le Rapport prône l’assouplissement des règlementations existantes sur les migrations.
L’Économiste du PNUD, M. Claude Beauboeuf, a fait la présentation du rapport et a ajouté que pour les femmes, la mobilité entraîne souvent une augmentation des revenus, plus d’accès aux services de base comme l’éducation ou la santé, ce qui favorise leur autonomisation. D’ailleurs, les recommandations de politique publique de court et de long termes du Rapport sont présentées comme la nécessité de libéraliser la mobilité des migrants dans le futur, d’assurer leurs droits de base, et d’intégrer la mobilité dans les politiques de développement.
Le Directeur général du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe, M. Yves Robert Jean a quant à lui mis l’accent sur l’urgence d’insérer la migration dans les politiques économiques. Il a prôné une pratique intégrée de ces mouvements de migration et s’est réjouit de la nouvelle approche soutenue du PNUD sur la question.
Le Ministre des Haïtiens vivant à l’Étranger, M. Charles Manigat, a exprimé l’intérêt d’un tel rapport pour son institution. Il a plaidé à cette occasion pour un élargissement des attributions de son Ministère et sa transformation en un ministère des affaires insulaires. Il a approuvé pleinement les recommandations du Rapport concernant la nécessité de concevoir dans le futur des moyens légaux pour gérer les mouvements de migrations. Il a déploré le fait que la migration a souvent des implications angoissantes comme cela se traduit dans les procédures de déportation. Il y a, à son avis, une obligation morale pour l’État de prendre en charge les intérêts de ses populations.
De ce fait, M. Boutroue a déclaré que pour stabiliser la population, il faut des emplois ce qui ne peut se faire qu’avec des investissements importants de la diaspora et d’autres qui verront un intérêt à investir ici. « C’est l’emploi dans les zones rurales et urbaines. C’est aussi, et surtout réduire la vulnérabilité du pays à travers des programmes dirigés vers l’agriculture et l’environnement. C’est aussi réduire la vulnérabilité des personnes, avec des programmes visant à améliorer l’accès aux services de base pour tous les Haïtiens. » Selon lui, la communauté internationale a un rôle d’accompagnement et de soutien essentiel à jouer, afin que cela se réalise.
Ce Rapport annuel présente également le classement de l’Indice de Développement Humain (IDH), auquel Haïti est passée de la 146e en 2008 à la 149e place en 2009. M. Boutroue a indiqué que le nombre de pays concernés avait augmenté et que des pays à l’IDH élevé tels le Lichtenstein et Andorre avaient été inclus et que le classement était basé sur des données de 2007. Il a jugé important de mentionner que l’IDH avait tout de même augmenté depuis 1980.
Environ 180 personnes ont participé à l’événement.