Les OMD en Haïti

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7 : Assurer la durabilité des ressources environnementales

L’objectif selon la déclaration du millénaire

  • Objectif : Arrêter la dégradation de l’environnement et intégrer les préoccupations le concernant dans les politiques et programmes nationaux

    Cible 1 : Réduire de moitié le pourcentage de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable
    Cible 2 : Améliorer les conditions de vie des gens vivant dans les bidonvilles d’ici à 2020

  • Considérations : Un pas important a été franchi au milieu des années 90 avec la création du Ministère de l’environnement (MDE). Sa capacité à infléchir les politiques publiques reste cependant très limitée. Les moyens dont il dispose sur le plan humain et financier sont très faibles.

Degré de prise en charge : Faible

I. Diagnostics et tendances

Comme on l’a vu plus haut, les principales causes de mortalité en Haïti, en dehors du SIDA, et surtout chez les enfants âgés de moins de cinq ans, ressortent de maladies qui sont liées à la dégradation de la qualité de l’environnement. Les indicateurs de suivi ont atteint des seuils préoccupants. Selon le document du PNUD intitulé : « la Bonne Gouvernance, un défi majeur au développement durable en Haïti » plus de 24% du territoire Haïtien sont en proie à des risques d’érosion grave. Le taux de couverture forestière est plus de 2 fois plus faible en 2000 par rapport à son niveau 1987 (soit 4% contre 9%). La FAO estime que les réserves ligneuses diminuent à un rythme de 3,25%/an depuis le début des années 80. Environ 96% de la population dépendent des combustibles traditionnels pour satisfaire ses besoins énergétiques. De plus, seuls les parcs « la Visite » et « Macaya » bénéficient d’une relative protection, et 25 des 30 principaux bassins versants sont complètement dénudés, ce qui représente quelque 83% de la superficie totale concernée. Les zones côtières ne sont pas protégées malgré les menaces évidentes dont elles font l’objet comme à la Côte des Arcadins, sur la côte Nord, à la baie de Caracol, etc.

La dégradation de l’environnement a provoqué des désordres sur le plan socio-économique. En effet, l’érosion et l’épuisement des sols provoquent un exode rural massif favorisant une urbanisation anarchique, une récurrence des inondations, ainsi que l’envasement des marais et des côtes, entravant la reproduction des ressources halieutiques.

Le graphe suivant présentant l’évolution de l’accès à l’eau potable par exemple montre bien que si les tendances observées ces dernières années se poursuivent16 , il est probable que, toutes choses égales par ailleurs, Haïti atteigne l’objectif de réduire de moitié le pourcentage de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable en 2015. Cependant ce raisonnement doit être nuancé parce que, même si ce progrès était réalisé, environ 1/3 de la population serait encore privé d’accès à un approvisionnement adéquat en eau potable à cette date.

De plus, les systèmes de distribution d’eau potable, aussi bien en dehors de Port-au-Prince que dans cette ville elle-même, accusent de sérieux problèmes. Seule la Centrale Autonome Métropolitaine d’Eau Potable (CAMEP) distribuant l’eau à Port-au-Prince et ses environs dispose d’un laboratoire d’analyse des eaux. Ailleurs, l’eau distribuée n’est pas désinfectée, encore moins contrôlée, alors qu’il n’existe aucun système de protection des sources contre les pollutions de toutes sortes.

II. Défis nationaux en matière de lutte contre la dégradation de l’environnement

La plupart des spécialistes reconnaissent que le problème majeur d’Haïti en matière d’environnement réside dans l’incapacité d’Haïti à définir et à exécuter des mesures réelles d’application de la législation en vigueur. En principe, la problématique de l’environnement fait l’objet d’une demi-douzaine d’articles dans la Constitution en vigueur (art. 253 à 258) et de plus d’une centaine de lois, décrets, arrêtés qui lui sont dédiés depuis 1926 et qui définissent les zones du territoire à protéger pour maintenir la biodiversité.

Pourtant la loi organique du Ministère de l’Environnement n’est toujours pas votée au Parlement. Le plan d’actions pour l’environnement (PAE) n’a pas encore connu un degré de mise en œuvre satisfaisant. Le degré d’implication des collectivités territoriales reste pour le moment virtuel - ces dernières étant elles-mêmes des structures très faibles. Des conflits d’attribution entre institutions qui exploitent et institutions qui protègent l’environnement ne sont pas encore réglés.

Problèmes obligatoires à résoudre

Comprendre et mettre fin (1) à l’irresponsabilité des ‘free riders’ qui jouissent de l’environnement ou qui lui font subir des dégâts, et l’épuisent, sans en payer le prix à la collectivité, (2) à la pratique de considérer l’environnement comme un lieu non fiscalisé, et (3) au flou qui règne dans le respect des droits de propriété. L’essentiel est d’assujettir la question des droits de propriété à celle relative à l’aménagement du territoire17 qui est plus large et touche plus globalement le développement.

Des idées pour des politiques publiques
• Délimiter des espaces d’aménagement (zoning) pour éviter des catastrophes urbaines notamment et donner des fonctions à des endroits afin d’éviter le désordre dans les constructions
• Permettre aux écosystèmes naturels de se reproduire par des règlements de protection
• Prévenir les désastres en mettant en place un système d’alerte et de surveillance que tout le monde comprend ainsi qu’une stratégie spécifique
• Élaborer une politique de l’eau tenant compte de l’urbanisation et du degré de pauvreté
• Élaborer une politique de l’habitat qui veillerait à la hausse exagérée des rentes terriennes (causes de spéculation, d’accaparement, d’appropriation, de délits d’initiés …), protégerait les zones non-urbanisables, contrecarrerait l’épuisement des ressources en eau des plaines, inciterait à un habitat qui ne se développe pas dans des plaines destinées à produire de la nourriture…
• Élaborer une stratégie et des solutions concrètes pour le débarras des déchets urbains, quantifier le coût des équipements appropriés, et les prendre en compte dans le budget national et les finances de l’État


16 Les projections montrées proviennent de tendances simples sous l’hypothèse que le scénario d’aujourd’hui est celui qui tiendra dans les années à venir. Une véritable analyse prospective n’a pas été faite.
17 L’aménagement du territoire touche aux questions relatives à la vocation des terres, à la réglementation et à l’exploitation des propriétés