Les OMD en Haïti

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2 : Garantir à tous une éducation primaire

L’objectif selon la déclaration du millénaire

  • Objectif: Assurer à tous les enfants garçons et filles, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires d’ici à 2015.
  • Observations : Bien qu’on ait constaté une explosion des effectifs fréquentant l’école primaire, au cours des dernières années, on peut penser à la possibilité de l’existence d’un point d’inflexion (plafonnement de ces taux de scolarisation) si certaines contraintes physiques d’accès ne sont pas levées.

Degré de prise en charge du problème : Moyen

I. Diagnostics et tendances

Les taux nets de scolarisation sont passés de 47% en 1993 à 67% en 1997, ce qui est encourageant et qui confirme que de nombreux efforts sont entrepris par l’ensemble des partenaires du système. Si ces efforts devaient se poursuivre, et ceci sans scénario quelconque, ils permettront au pays d’atteindre l’objectif fixé par la Déclaration du millénaire en 2015. Il y a lieu toute fois de poursuivre ces efforts. L’offre scolaire en Haïti est massivement privée (70% selon les effectifs)5 , alors que sur le continent américain, les pays qui se rapprochent le plus de ce taux sont le Chili (37%) et la République Dominicaine (22%), mais dans ces pays, les gouvernements subventionnent l’école primaire6 .

Les taux de scolarisation des 10-14 ans restent plus élevés que ceux des 6-9 ans. Cet accès tardif à l’école, qui explique la présence des sur-âgés dans les classes du primaire n’est pas neutre sur la performance du système. Les taux d’abandon et de redoublement par exemple restent à des niveaux élevés. Le pourcentage d’enfants ayant bouclé un cycle d’études primaires complet diminue, passant de 45.5% en 1993 à environ 35.5% en 2002, alors que le pourcentage des sur-âgés passe de 24.7% en 1986 à un peu plus de 42%. La durée de vie scolaire d’un enfant en moyenne est de 3 années 9 mois, ce qui est nettement insuffisant pour lui garantir un bagage suffisant. De plus, selon les données de l’EBCM 1999/2000, 21% des enfants de 6-9 ans ne sont jamais allés à l’école. La raison principale évoquée réfère au fait que les enfants à cet âge manquent d’autonomie pour parcourir à pied les nombreux kilomètres séparant leurs habitations des établissements scolaires.

Par ailleurs, seuls 15% des enseignants engagés ont le profil académique requis pour enseigner. Cela constitue l’une des premières explications de la faible performance des écoliers. Sur la base d’une analyse réalisée par Mérisier (2002), « seuls trois des dix départements scolaires du pays en 1999 ont pu accuser un taux de réussite aux examens de 6ème année qui dépasse 50% des effectifs concernés». Ce taux est de 6% dans le département du Nord-ouest. Cela pose le problème du renforcement des capacités du Ministère de l’Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sports dans la prise en charge de ses responsabilités au niveau du secteur comme pierre angulaire de toute démarche visant à améliorer les performances du système éducatif en Haïti.

De telles remarques jettent un doute sur la conclusion rapide qu’une simple projection mathématique laisserait croire. Vraisemblablement, en 2015, compte tenu de ces précisions, l’OMD-éducation ne sera pas atteint.

Si on se limitait aux projections simples, au rythme actuel de 5.1%7 de croissance annuelle moyenne, la scolarisation universelle vers 2015 peut être atteinte (voir graphe suivant). Outre cependant les remarques faites ci-dessus, un certain plafonnement des taux simples de projection risque de survenir dans le sens qu’un noyau d’enfants n’aura jamais accès à l’école si des goulots d’étranglement ne sont pas rompus. Par exemple, actuellement, seules les motivations des fournisseurs de services éducatifs guident la répartition des établissements scolaires au niveau du pays. Le problème réside dans l’incapacité des institutions à accompagner ces progrès quantitatifs supportés essentiellement par les ménages. Le grand problème que confronte la scolarisation est le manque de financement budgétaire. Il est établi que les allocations sont de l’ordre de 14% du budget pour l’éducation, et ne financent que 13% des dépenses scolaires totales (le reste étant le fait des ménages), sans compter que le budget de fonctionnement accapare 90% de ces allocations. On n’oubliera pas les examens officiels qui prennent une part importante du budget national.

Evolution du taux net de scolarisation

 

5 Statistiques tirées du ‘Panorama de l’Ecole fondamentale de base haïtienne, 1997’, Direction de la Planification et de la coopération externe du MENJS
6 A l’exception des écoles protestantes, l’Etat fournit une certaine subvention sous forme de salaires des enseignants à beaucoup d’établissements du secteur privé
7 Ce taux pour la période allant de 1990 à 1998 était de 7.8%/an. Comme il n’y a pas eu de nouvelles publications statistiques du MENJS depuis cette dernière année, le même taux net de scolarisation pour 1998 a été retenu pour 2002, ce qui fait baisser le rythme moyen de croissance annuel. Les résultats du dernier recensement scolaire qui seront publiés sous peu permettront d’en avoir le cœur net.