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Les bailleurs de fonds au chevet d’Haïti.

Haïti - Port au Prince - 25 juillet 2006 [X006]
Source: RFI

Cinq mois après l’élection de René Préval, les bailleurs de fonds internationaux se réunissent les 24 et 25 juillet, à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, pour tenter de réunir les moyens de reconstruire les principales infrastructures économiques du pays le plus pauvre des Amériques. Cette conférence, la sixième du genre organisée depuis la chute de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en mars 2004, vise à collecter 5 milliards de dollars pour relancer une économie haïtienne où les investissements internationaux ne sont pas jusqu’à présent parvenus à résorber l’extrême pauvreté des 8,5 millions d’habitants.

Les grandes puissances sont au chevet d’Haïti qui reçoit pendant deux jours les représentants de ses bailleurs de fonds : la France, les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne, mais aussi les principales institutions de financement : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement. L’enjeu est crucial puisqu’il s’agit de consolider la paix en redonnant un avenir économique aux Haïtiens avec cette sixième conférence des donateurs depuis la chute du président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004, et la guerre civile qui l’a accompagnée.

René Préval, ancien agronome et déjà président de 1996 à 2001, a été élu, en février dernier, à la tête d’un pays économiquement exsangue. Les indicateurs de l’économie haïtienne, la plus pauvre des Amériques, n’ont cessé de se dégrader depuis vingt ans. Près de 80% de la population vit dans la pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. L’extrême pauvreté (moins de 1 dollar par jour) touche près de 60% des Haïtiens dans les campagnes et les immenses bidonvilles qui ne cessent de grignoter le tissu urbain. Seulement 5% des routes sont en bon état et environ 10% de la population a accès au réseau électrique. Plus de la moitié de la population est au chômage ou sous-employée. Le secteur informel, essentiellement le petit commerce, représente plus de 90% des emplois.

Les conditions d’existence sont particulièrement précaires en Haïti et le niveau de vie inférieur à celui des autres pays des Caraïbes. Malgré un léger redressement à 53 ans en moyenne, l’espérance de vie des Haïtiens reste largement au-dessous de celle des Jamaïcains ou des Cubains (70 et 77 ans). Haïti est également le pays le plus sévèrement touché par le sida dans la région, avec un taux de prévalence qui se situe juste derrière ceux de l’Afrique subsaharienne. Enfin, la moitié de la population est analphabète et n’a pas accès à l’eau. L’indice de développement humain (IDH), établi par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour mesurer, par exemple, les niveaux d’alphabétisation ou d’espérance de vie, est ainsi près deux fois plus bas (0,463) que dans les pays voisins comme la République dominicaine.

5 milliards de dollars d’aides attendus

Le gouvernement haïtien espère 5 milliards de dollars d’aides nouvelles de cette première conférence des bailleurs de fonds organisée sur place. Mais la coopération étrangère a déjà injecté plus de 2,6 milliards de dollars en Haïti depuis 1994, sans effets probants. Les nouvelles autorités haïtiennes incriminent la bureaucratie des institutions trop lourdes, qui entraîne la création de missions d’experts souvent redondantes. De l’autre côté, les bailleurs de fonds pointent du doigt la corruption endémique en Haïti, qui a empêché la grande masse de déshérités de bénéficier de ces aides.

Les bailleurs de fonds veulent croire au nouveau président, René Préval, après l’épisode Aristide. Pour sa part, Préval a mis l’accent durant sa campagne présidentielle sur la relance de l’agriculture pour freiner l’exode rural. Réputé intègre, il s’est également engagé à reconstruire l’Etat haïtien, en pleine déliquescence. Pour attirer les investisseurs, il promet de rétablir la sécurité en renforçant la police, qui compte moins de 5 000 agents, alors que plus de quinze personnes ont encore été enlevées la semaine dernière à des fins de rançon. La France a déjà annoncé une aide exceptionnelle de 3 millions d’euros en 2006 lors de la visite de René Préval à Paris, le 30 juin dernier. De son côté, l’Union européenne s’est engagée à contribuer pour 233 millions d’euros dans le développement de Haïti en 2008-2013. Cette enveloppe devrait être principalement dédiée aux infrastructures routières et scolaires.

 

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