Discours du PNUD pour l’inauguration du Commissariat de Delmas 62

05 juin 2012

Monsieur le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Me. Jean Renel Sanon

Madame la chef de cabinet du Ministère à la Condition Féminine et au Droit des Femmes, Mme Marie Sheyla Durandisse

Monsieur le Représentant du Programme des Nations Unies pour la Population,

Mesdames et Messieurs les Officiers de la Police nationale d’Haïti

Honorables Invités, Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je prends la parole au cours de cette cérémonie d’inauguration du nouveau Sous-Commissariat de Musseau-Delmas à Port-au-Prince. Ces travaux de réhabilitation revêtent une importance toute particulière car ils n’ont pas porté seulement sur les travaux habituels de rénovation, mais ont permis également de créer un espace adapté pour des services d’accueil des femmes et jeunes filles victimes de violence. Ils sont donc emblématiques de la volonté forte du gouvernement et des partenaires nationaux et internationaux d’appuyer la modernisation de la Police haïtienne pour qu’elle puisse, entre autres, jouer son rôle de police de proximité, sensible aux besoins de chacune et chacun, particulièrement aux besoins des femmes qui craignent encore trop souvent de franchir la porte du commissariat. Deux commissariats, les Commissariats de Delmas 33 et de Fort National, avaient mis en place et ouverts de tels services pour les femmes à l’aube du 12 janvier 2010. Malheureusement, ces victoires d’alors ont été mises à mal par le tremblement de terre. Aussi, aujourd’hui, la finalisation des travaux du Commissariat de Delmas représente-t-elle un symbole important pour les femmes d’Haiti qui travaillent avec acharnement depuis des décennies pour la lutte contre l’impunité des violences spécifiques faites aux femmes : le chemin est long et les obstacles nombreux mais collectivement nous avançons ! Les données des cas de violences spécifiques faites aux femmes recueillies dans les commissariats au cours des dernières années ont montré une augmentation constante de l’enregistrement ds crimes de nature sexuelle à travers le pays, avec un doublement au moins entre 2008 et 2011. Même s’il est impossible d’opiner avec certitude, cette augmentation est vraisemblablement le fruit des efforts de tous les acteurs impliqués dans ce domaine, et notamment de la Police Nationale d’Haiti, pour encourager les femmes à se présenter à la police en cas de violences. Mais trop de femmes restent encore silencieuses et de crimes impunis. Pour mettre fin à cette impunité, il est donc important d’assurer que les commissariats ont des espaces adéquats pour recevoir les cas de violences spécifiques : dénoncer un crime intime dont on a été victime demande du courage, de la confidentialité et une prise en charge particulière. Dans le cadre d’un projet conjoint en appui la Police Nationale d’Haïti, le PNUD et le FNUAP ont donc entrepris la réhabilitation du commissariat de Delmas 62, avec la construction d’une salle d’accueil pour les femmes victimes de violences, la séparation et l’agrandissement des cellules de garde à vue, l’aménagement de dortoirs ainsi que toilettes et de bain séparées pour hommes et femmes.

Débutés au mois d’octobre 2011, les travaux se sont achevés le 6 février 2012 conformément aux plans de réfection approuvé par la PNH. Deux postes avancés ont également été réhabilités à Titanyen et à Carries afin d’assurer des services d’accueil adaptés pour les femmes et filles victimes de violences dans les commissariats et postes de la PNH.

En parallèle, le PNUD a mis en place deux cycles de formations nationales portant sur les thèmes spécifiques de la violence basée sur le genre, en partenariat avec la MINUSTAH. Au cours de plus de 30 sessions destinées aux Magistrats et Policiers, cette formation a doté prés de 500 participants des techniques nécessaires en matière de prise en charge juridique et psychologique des victimes sur cette thématique particulière.

Ainsi, des manuels de formation sur les techniques d’enquête en matière de violences sexo-spécifiques sont à la disposition des Officiers de Police dans la salle qui va permettre l’accueil particulier que nécessite le traitement des victimes de violences basées sur le genre.

La balle est maintenant dans votre camp, mesdames et messieurs les officiers de police, et je vous encourage à faire de ces manuels un outil quotidien de travail. Le PNUD et le FNUAP seront très attentif à vos suggestions et se tiendront à vos côtés pour assurer un suivi dans la mise en œuvre de ce projet.

En parallèle, le PNUD s’engage à poursuivre ses efforts, en appui au MJSP, pour œuvrer au renforcement de la chaine pénale haïtienne dans son ensemble. La police est certes souvent le premier maillon de la chaine judiciaire qui accueille les femmes, mais les autres maillons sont tout aussi indispensables. Nous voulons éviter à tout prix que le courage des femmes de se présenter à la Police et la compétence des policiers dans l’accueil de ces femmes ne se transforment en efforts inutiles si la suite du processus légal n’aboutit pas sur une sanction à la hauteur du crime.

Tout en félicitant cette coopération fructueuse entre nos différentes institutions, je souhaite le succès aux Officiers de la Police d’Haïti, dans leur mission au service de l’intérêt général, pour faciliter l’accès des personnes et, particulièrement les femmes, à la justice et à la sécurité publique

Je vous remercie.