L’engagement citoyen et fructueux des jeunes sensibilisateurs électoraux haïtiens

21 mai 2017

Georgy Aristile en pleine séance de sensibilisation pour des jeunes écoliers en age de voter dans la commune de Pétion Ville. © PNUD Haïti

Peu connu du public et des médias, le travail de sensibilisation mené par les jeunes de la Coalition haïtienne des volontaires (COHAIV) en appui au Conseil électoral provisoire (CEP) a porté ses fruits lors des dernières élections en Haïti. Les campagnes de sensibilisation organisées à travers le pays, avec l’appui du Projet d’assistance électorale du PNUD, ont convaincu beaucoup de citoyens et citoyennes indécis de l’importance de se rendre aux urnes.

Vendredi 27 janvier 2017, Il est environ midi, quand Georgy Aristile, un jeune sensibilisateur de la COHAIV, entame sa nouvelle journée de campagne de sensibilisation auprès des étudiants du Collège Jean Dominique de Pétion-Ville. À deux jours du scrutin du 29 janvier 2017, ce jeune pétionvillois veut à tout prix sensibiliser les jeunes en âge de voter à participer au scrutin. Il montre une bonne maîtrise des thèmes autour desquels il interpelle ses interlocuteurs : l’importance du vote, le rôle des collectivités territoriales, l’organisation d’un bureau de vote, etc.

A l’instar de Georgy, les courageux volontaires multiplicateurs de la démocratie et citoyenneté (VMDC) et les agents des groupes d’écoute ont parcouru le pays, sans craindre ni les longues distances jusqu’aux régions éloignées ni les zones réputées dangereuses, pour sensibiliser les Haïtiennes et les Haïtiens aux enjeux électoraux dans un système démocratique. « On a fait du porte-à-porte et également de la sensibilisation de masse dans les églises, les écoles et, à l’aide de mégaphones, dans les marchés publics, les arènes de combats de coqs, ainsi que dans les rues », précise Ilionel Bigot, sensibilisateur basé à Miragoâne dans le département des Nippes.

Bravant fatigue, intempéries, les difficultés d’accès à certaines zones et même l’hostilité de certaines communautés, ils ont poursuivi leur tâche avec enthousiasme. « A certains endroits, des riverains, ignorant complètement notre travail, nous ont lancé des injures. Dans des régions comme le Plateau Central, des collègues ont même été agressés. Toutes ces mésaventures n’ont fait que renforcer notre conviction que nous avions un devoir civique à accomplir », affirme Georgy.

La tâche des jeunes sensibilisateurs a également été difficile dans les régions touchées par le cyclone Mathieu. « Dans des localités telles Fonds-Melon et la Voute, dans la commune de Jacmel, régions difficilement accessibles, on a résisté aux intempéries et avons été obligés d’y passer toute la semaine avant de rentrer chez nous », rapporte Mickerlange Pascal.

Dans les régions où la population ne pense qu’à sa survie, l’attitude était parfois hostile, exigeant des jeunes sensibilisateurs beaucoup de tact et d’empathie. « On ne rétorque pas. Il faut être très sage et attentif pour aborder les potentiels électeurs, car leur priorité d’alors n’était pas les élections », raconte Isnéa Télisma.

Agnès Bataille, superviseure du département du Sud-Est, se réjouit des résultats : « En dépit des contraintes, ce travail a porté ses fruits, puisqu’après chaque séance de sensibilisation, les gens qui avant n’exprimaient aucun désir d’aller voter, se sont engagés à participer aux élections ».

Ces jeunes éducateurs civiques font partie de la COHAIV, qui regroupe plus de 800 jeunes, et participent, depuis les élections de 2015, aux campagnes de sensibilisation de proximité au niveau local. Depuis 2015, ils ont bénéficié de plusieurs formations, dispensées par le PNUD en partenariat avec le CEP, l’UNESCO et la MINUSTAH sur le rôle des éducateurs civiques et notamment sur la communication radiophonique, l’animation de débats au sein de groupe d’écoute, ainsi que le rôle et l’importance des collectivités territoriales. Le manuel d’éducation civique et électorale, élaboré par le CEP et le PNUD, leur a servi de guide de référence.

Grâce à ce travail préalable, le CEP et le PNUD ont pu déployer rapidement près de 600 jeunes pour encourager les citoyens vivant dans les zones les plus affectées par le cyclone Mathieu à se rendre aux urnes à l’occasion des élections du 20 novembre 2016 et de janvier 2017. Ces actions de sensibilisation par les jeunes volontaires ont été capitales et ont grandement contribué à toucher et faire décider une grande partie des électeurs ayant pris part aux joutes de 2016 et 2017. Selon le CEP, le taux de participation dans le Grand Sud s’est élevé à 25%, contre 21% sur l’ensemble du pays pour les élections du 20 novembre 2016.

Le projet « Appui au Cycle Électoral en Haïti » du PNUD est financé par le Gouvernement d’Haïti, l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Japon, la Norvège, le Mexique, Trinidad et Tobago, et l’Union Européenne.