Haïti se prépare en cas de catastrophes « Séisme/Tsunami » dans le Grand Nord

16 mai 2016

Exercice de simulation de sauvetage de victimes.© PNUD Haïti

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Direction de la Protection Civile ont coordonné le 6 mai 2016, un important exercice de simulation (SIMEX) aux aléas « Séisme/Tsunami » au Cap Haïtien.

Plusieurs dizaines de membres du Système national de gestion des risques et des désastres (SNGRD) ont été mobilisés pour la réalisation de ce SIMEX qui s’est déroulé durant huit heures d’horloge en trois étapes :

  • Exercice de table (canaux de communication) au  Centre d’Opération d’Urgence Départemental Nord (8h-10h);
  • Exercice d'évacuation de la population au centre-ville de Cap-Haïtien (rues 15, 18 et 20, évacuation vers le site du gymnasium où se sont déroulés des activités de sensibilisation);
  • Exercice de démonstrations de sauvetage-déblaiement par les brigadiers (volontaires de la protection civile) sur le site du Grand Prison du Cap Haïtien.

4500 personnes dont 3720 écoliers ont pu prendre part à cette simulation qui a mobilisé 200 personnels de sécurité, 335 volontaires ainsi que 80 évaluateurs-observateurs.

Considérant l’urbanisation des villes des départements du Nord, leur densité et leur mode de construction, un séisme majeur provoquerait des dommages considérables. En effet, selon les modélisations scientifiques effectuées dans le cadre du projet « Plan Nord » mis en œuvre par le PNUD, en cas de séisme majeur, près de 10% de la population du Grand Nord pourrait perdre la vie (soit 75000 décédés), 350000 personnes devraient être relogées, et 25000 bâtiments seraient gravement endommagés ou effondrés.

De plus, en cas de tsunami à Cap-Haïtien, selon l’étude d’évaluation des risques de tsunami au Nord (chapitre Cap-Haïtien) sur la faille d’Hispaniola, réalisée par l’Unesco, la hauteur maximale des vagues serait de 10 mètres environ. Ainsi, 20 000 Capois sont considérés très exposés.

Participant à la cérémonie de lancement du SIMEX, le Secrétaire général de la délégation départementale du Nord, M. Moise Saintilus a fait savoir que l’inaction, devant ces évidences serait considérée comme un crime.

C’est en effet, dans ce cadre que le Gouvernement œuvre inlassablement pour faire de la réduction des risques de désastres une priorité de développement pour Haïti. Ces exercices devront se répliquer dans l’avenir et le Gouvernement haïtien souhaite compter sur les soutiens et accompagnement habituels des pays amis d’Haïti.

Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le développement en Haïti, Monsieur Mourad Whaba a, de son côté,  mis l’accent sur le fait que les Nations Unies demeurent convaincues, qu’une bonne préparation peut sauver des vies humaines et réduire considérablement les impacts des désastres socio-économiques et environnementaux.

Aussi a-t-il invité à un engagement continu de tous les acteurs, surtout au regard des résultats accumulés par Haïti dans la préparation aux catastrophes et la réponse aux désastres durant ces dernières années.

« Si le bilan sur les quatre dernières années se révèle plus ou moins positif au regard des résultats en terme d’évaluation du risque et des enjeux, de sensibilisation du public et de préparation à la réponse, il faut reconnaitre que des défis importants demeurent et attendent, vu le niveau de vulnérabilité du pays aux risques naturels, un engagement continu » a-t-il fait comprendre.  

Financé par le Fonds de Reconstruction d’Haïti dans le cadre du « Plan Nord », ce SIMEX est venu rappeler la brulante nécessité pour les décideurs, la société civile ainsi que les bailleurs de continuer leur engagement pour la réduction des risques et désastres conformément au nouveau cadre de développement communément appelé « Objectifs de Développement Durable (ODD)» en particulier l’ODD 11 qui vise à faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables.

Avec cet exercice d’envergure, le Gouvernement haïtien avec l’appui du PNUD a pu évaluer l’efficacité des plans d’urgence, tester les systèmes et moyens de réponse à une crise (installations et équipements), ainsi que les capacités du personnel impliqué dans la réponse. Le système entier a été éprouvé à travers la participation des autorités locales (mairie et délégation), des volontaires, des acteurs de la sécurité (sapeurs-pompiers, PNH), des comités communaux et locaux de la protection civile.

Le SIMEX a permis de mesurer l’impact des efforts en matière de sensibilisation de la population au sens large. L’exercice a été l’occasion de rappeler à tous (population, décideurs, bailleurs) que la question n’est point de savoir si un séisme va se produire dans le Nord, mais quand le prochain se produira, et que chacun, à son niveau, sache comment réagir.

Secrétaire général de la délégation départementale du Nord a reconnu que si nous ne pouvons pas, a priori, savoir exactement quand se produira le prochain tremblement de terre et tsunami en Haïti, nous savons néanmoins que ce risque est inévitable, c’est pourquoi il faut nous préparer pour réduire ou atténuer ses impacts. 

Avec le projet « Plan de prévention des séismes dans le Grand Nord » lancé en 2012  par Mme Helen Clark, Administrateur du PNUD, l’Etat haïtien dispose désormais :

  • des cartographies sismiques et le micro zonage pour les villes du Cap-Haïtien, Fort Liberté, Ouanaminthe,  Port de Paix et Saint Louis du Nord. Ces cartographies fournissent une information précieuse sur le risque au niveau local, et seront utiles à l’aménagement urbain
  • de plus   200 maçons, 37 ingénieurs et 24 contremaitres formés en construction parasismique pour le Grand Nord.
  • de trois plans de contingences sismiques (Nord, Nord-Est, Nord-Ouest) ont été rédigés et des formations spécialisées ont été organisées pour une meilleure appropriation de ces plans par les acteurs de la réponse d’urgence
  • de 4 comités de conseils sismiques au Cap Haïtien, Port- de-Paix, Fort liberté  et Ouanaminthe
  • des données fiables sur l’évaluation de la vulnérabilité des bâtiments à forts enjeux (écoles, hôpitaux, bâtiments publics…)

Considérant que plus de la moitié de la population vit à présent dans les zones urbaines et que d’ici 2050, cette proportion passerait aux deux tiers, il y a nécessité de continuer à engager des actions dans ce domaine quotidiennement.  Car le développement durable ne peut se faire sans transformer radicalement la façon dont nous construisons et gérons nos espaces urbains.