Vincent César : « Le VIH/Sida n’est plus mortel »

25 août 2014

imageVincent César, lors d’une séance de sensibilisation au bureau de la Fondation Esther Baucicault

Vincent César est une personne qui vit avec le VIH depuis 15 ans. Il est aujourd’hui complètement intégré dans sa communauté. Ingénieur civil de formation, il continue à offrir ses services aux citoyens de la ville de Saint Marc et y occupe, entre autres, le poste de Directeur principal du « Complexe éducatif Franck Mésidor». Homme de grand caractère, Vincent témoigne que le VIH/Sida n’est plus une maladie mortelle.

Vincent César, vivre positivement avec le VIH

La conscience collective haïtienne présente le VIH/Sida comme la maladie à l’issue inévitable : la mort.  Pourtant l’histoire de Vincent César, nous envoie une autre perspective aussi encourageante que rassurante.

Né en novembre 1956, César faisait régulièrement et annuellement ses bilans de santé depuis plus de trente ans  jusqu’au jour où il a présenté une forte fièvre qui a conduit au diagnostic du VIH  dans son sang.   Avant même qu’il ait pris connaissance des résultats, la nouvelle de son nouveau statut s’est propagée comme une trainée de poudre dans sa communauté. Pourtant, alors que le médecin tergiversait pour lui communiquer les résultats, quelques jours après, avec sagesse et sérénité, il lui a demandé de lui soumettre les conclusions sans crainte. « N’hésite point à partager avec moi les résultats, je suis préparé à accepter le résultat quel qu’il soit. Je sais qu’on peut continuer à vivre avec le VIH », s’était il contenté d’affirmer.

L’ingénieur témoigne avoir eu la force d’adresser cette réponse grâce à l’éducation de ses parents qui lui ont toujours répété la fameuse leçon de vie qui consiste à survoler les circonstances et les événements.

Une discipline à toute épreuve pour la vie

Avec une discipline de vie digne d’une aiguille d’horloge, César ne rate jamais la prise de ces comprimés. Pour garder le rythme, l’Ingénieur synchronise sa montre sur les heures précises où il doit avaler ce qu’il compare à l’ «elixir »

« Je ne me permets point de manquer la prise de mes médicaments. Je suis conscient que le VIH/Sida n’a de pouvoir sur ma vie que si je néglige les prescriptions des médecins et particulièrement la prise de mes médicaments » confie-t-il.

L’ingénieur vit aujourd'hui avec la lutte dans l’âme. Il se réjouit que les médicaments ne manquent jamais car, selon lui, un sérieux travail d’approvisionnement est réalisé notamment avec le support du Fonds mondial à travers le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). En effet, avec l’appui du Fonds mondial, le PNUD couvre 47% des besoins en traitements antirétroviraux du pays.

Aujourd’hui César joue le rôle d’agent psychosocial à l’Hôpital Saint Nicolas de St Marc. Son expérience et sa nouvelle discipline de vie font de lui une référence dans la préparation des populations au dépistage du VIH et à l’acceptation du statut séropositif.

En plus des médicaments, César soutient  que  la prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH est fondamentale dans  l’amélioration de leur santé. Les besoins de ces personnes ne se limitent pas à l’accès aux médicaments et aux soins médicaux. Ce soutien peut atténuer la perception de la relation de causalité entre l’infection et la mort. C’est d’abord un processus psychologique.  Selon lui, il faut que le patient accepte son statut et soit d’accord de prendre ses médicaments et ait la claire conscience que ces médicaments peuvent l’aider à vivre comme toute personne, avec des nouveaux comportements.

« Aujourd’hui,  je peux sans risque de me tromper, affirmer que je ne mourrai point du Sida. Une  autre maladie mettra fin à ma vie mais certainement pas le Sida. J’ai les cartes en main pour lui faire obstacle… l’appui psychosocial, ma discipline de vie et les médicaments dont je dispose me garantissent la vie » se réjouit l’ingénieur.

L’ingénieur et ses rêves

« Je continue à étudier,  à aimer, à construire car mes rêves restent les mêmes et ont dans une certaine mesure augmenté.» s’exclame l’ingénieur. César est étudiant en deuxième année en service social et souhaite faire une maîtrise dans le domaine. Ainsi,  Il pense  qu’il pourra mieux aider la communauté des personnes infectées et la population en général.

Pensionnaire de l’Etat haïtien, César n’a pas encore pu avoir d’enfant. Durant les nombreuses années qui lui restent à vivre positivement avec le VIH, la science lui permettra-t-il de réaliser ce rêve?