Des débris du séisme redonnent vie à Port-au-Prince

26 févr. 2013

imagePhotos : UN/MINUSTAH et JP/HRO

Le recyclage de 800.000 mètres cubes de débris générés par le séisme du 12 janvier 2010 permet aujourd’hui d’améliorer les conditions de vie des populations de plusieurs quartiers durement touchés de Port-au-Prince. Il favorise aussi la création de petites entreprises et d’emplois.«  J’ai maintenant une entreprise, j’ai huit autres camarades avec moi, nous produisons des adoquins. Pour moi, cela représente beaucoup », se félicite Christian Chéry, chef d’équipe de production de pavés (communément appelé adoquins en Haïti).

Comme beaucoup d’autres résidents de Morne Hercule, un quartier de la capitale dévasté par le séisme du 12 janvier 2010, Christian avait du mal à joindre les deux bouts après la perte de sa maison et de ses moyens de subsistance lors de la catastrophe. De ce fait, il a été sélectionné pour  participer à un vaste projet de recyclage des débris mis en place par le Bureau international du travail (BIT), le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en coopération avec le gouvernement haïtien.

Un projet qui, explique Victor Fleury, responsable de communication au BIT, vise non seulement à créer des emplois mais aussi à former des jeunes et améliorer les conditions de vie dans les quartiers affectés par le séisme

« C’est grâce à ce projet que je réponds à mes obligations comme la scolarisation de mon enfant. Pour ma famille, comme pour tant d’autres [sinistrés], les choses allaient très mal », raconte Paula Calixte, elle aussi chef d’équipe de production d’adoquins.

En plus d’une formation de base en production de matériaux de construction, technique d’ingénierie et en maniement de machines de concassage, les chefs d’équipe ont suivi une formation avancée en techniques de négociation, marketing et gestion d’entreprise.

Ainsi, avec deux autres collègues, Christian a mis sur pied une association tout en continuant à bénéficier de l’encadrement du BIT et de l’Organisation non-gouvernementale J/P Haitian Relief Organisation (JP/HRO) qui forme une soixantaine de  jeunes, dont 30% de femmes, dans les quartiers de Morne Lazarre et Morne Hercule.

« Au delà de la formation, nous leur offrons une assistance technique rapprochée car ils ont besoin de soutien pour pouvoir préparer des dossiers solides de gestion de projets », affirme Aline Séjourné, en charge du projet de moyens de subsistance à JP/HRO.

Préparer des dossiers solides est essentiel pour obtenir la reconnaissance légale de leurs associations ou entreprises, ainsi qu’au moment de préparer certains contrats. C’était le cas au début du mois de février quand les jeunes entrepreneurs ont du honorer une demande de 13.000 pièces – vendues à 50 centimes l’unité – à leur atelier à Morne Hercule.

Dans cet espace qui sert également de centre de formation, une bonne quantité des débris laissés par le séisme sont traités et utilisés pour fabriquer des adoquins.

Le recyclage c’est aussi la formation et l’espoir 

Une équipe d’au moins 6 personnes est nécessaire pour transformer des débris en matériaux de construction suivant un processus complexe. Selon l’ingénieur Jean Herby Antoine, formateur technique sur le site de Morne Hercule, les débris sont d’abord triés à la main pour être débarrassés d’éventuels morceaux de fer, de bois ou de plastique, avant d’être versés dans un concasseur qui les broie pour les réduire en sable ou en remblais.

Le sable ainsi obtenu est passé au crible jusqu’à atteindre une dimension variant entre 0 et 0,5 mm, la taille requise pour la fabrication d’adoquins. Il est ensuite mélangé à du ciment et de l’eau. Le mélange ainsi obtenu est versé dans des moules, et les pièces produites sont séchées pendant au moins cinq jours avant de pouvoir être utilisées ou stockées.

Les matériaux sont pour l’instant réutilisés dans la plupart des quartiers durement touchés par le séisme, comme à Morne Hercule ou Carrefour Feuilles, où « la vie a vraiment changé » pour certains habitants dont Junior, un bouquiniste qui travaille au centre-ville de Port-au-Prince.

« Maintenant, on peut marcher même en période de pluies, nos enfants ne se salissent plus les pieds pour aller à l’école », sourit Marianne, rencontrée sur un trottoir façonné en adoquins produits dans l’atelier de recyclage du quartier.

Quelque 150.000 adoquins et des blocs produits dans un autre site de recyclage du boulevard Harry Truman, au centre-ville de Port-au-Prince, ont aussi été utilisés pour rénover plusieurs corridors piétons et construire des escaliers dans ce vaste quartier escarpé de la capitale.« Grâce à la formation, les jeunes impliqués dans la transformation des débris du séisme détiennent aujourd’hui des entreprises. Ils obtiennent des contrats de fabrication et les produits sont utilisés dans leurs quartiers », résume M. Fleury, qui souligne la volonté du BIT de « créer de l’emploi décent et durable ».« Voyons le futur, la connaissance d’abord, et l’argent viendra après », conseille Christian à d’autres jeunes qui, comme lui, avaient perdu l’espoir après le 12 janvier. Car, dit-il, « la reconstruction c’est aussi le renforcement des capacités ».Selon le PNUD, plus de 80% des débris du séisme ont été enlevés.

Pierre Jérôme Richard | MINUSTAH

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