Les Haïtiennes reconstruisent leur vie, brique par brique


Les Haïtiennes reconstruisent leur vie, brique par brique

La véritable force motrice pour la réparation des habitations endommagées par le séisme en Haïti, ce ne sont ni l’État, ni le secteur privé, ni les ONG ni les organisations internationales, ce sont les familles et les communautés. En prenant en main la reconstruction d’un pays plus résilient, celles-ci ont joué un rôle essentiel, surtout les femmes, qui sont à présent à la tête de 40 pour cent des ménages haïtiens.

 

Au cours des trois derniers mois, les Centres d'Appui pour le Renforcement des Maisons Endommagées (CARMEN) ont donné aux communautés touchées par le séisme à Port-au-Prince et à Léogâne les moyens de s’atteler elles-même à la réfection des maisons, avec des évaluations techniques et des formations aux métiers du bâtiment. Plus de 19 000 personnes se sont inscrites à cette initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du gouvernement haïtien. Elles recevront une formation sur les techniques de construction de bâtiments résistant aux catastrophes. Près de la moitié sont des femmes.

 

« Ma maison a été très endommagée après le tremblement de terre, et je n’avais nulle part où aller. Cette initiative répond à mes besoins : réparer ma maison, gagner de l’argent et apprendre de nouvelles compétences, pour pouvoir ensuite offrir mes services aux autres », explique Gela Pierre Paul Richemond. Cette ouvrière en bâtiment fait partie du millier de Haïtiennes à bas revenu qui ont reçu une subvention de 500 dollars pour acheter des matériaux de construction garantis de bonne qualité par le biais d’un système de transfert de fonds par téléphonie mobile. C’est la première fois que ce système est utilisé pour la réparation des habitations.

 

« Lorsque j’ai reçu le premier texto qui m’annonçait que l’argent était arrivé, je n’en croyais pas mes yeux ! J’étais folle de joie ! » ajoute cette femme de 48 ans, qui n’a jamais eu de compte en banque.

 

Seulement dix pour cent de la population dispose d’un compte en banque, alors que la couverture de la téléphonie mobile en Haïti est passée de 9 à 50 pour cent au cours des six dernières années. Grâce à de tels systèmes de transferts monétaires par téléphone portable, un grand nombre d'Haïtiens pourraient bientôt faire partie d’un système financier alternatif.

 

L’Administrateur du PNUD Helen Clark a visité l’un des centres pour le renforcement des maisons endommagées à Port-au-Prince. Elle a été très impressionnée de voir le nombre de femmes travaillant dans la construction. Les ouvrières lui ont expliqué le processus du début à la fin, du choix de matériaux de qualité à l’étalage du ciment sur des moules emplis de fer pour assurer la résistance à toutes les catastrophes qui menacent Haïti : séismes, cyclones et inondations.

 

Danielle Saint Lot, l’une des dirigeantes haïtiennes les plus influentes, dont l’ONG fonctionne comme partenaire de CARMEN pour l’autonomisation des femmes, reconnaît qu’il n’a pas été facile de convaincre ces dernières de travailler dans la construction, secteur traditionnellement masculin. Mais dès qu’un petit nombre s’y est mis et en a compris les avantages, d’autres ont suivi.

 

Dans trois mois, lorsque la période de formation sera terminée, ces ouvrières du bâtiment créeront leur propre entreprise et offriront leurs services aux communautés affectées par le séisme.

 

Plus de 80 000 bâtiments se sont écroulés lors du tremblement de terre qui a secoué Haïti en 2010, tuant plus de 200 000 personnes. Plus de 100 000 autres habitations, qui ont été partiellement endommagées, peuvent être réparées ou reconstruites afin d’offrir des conditions de logement plus sûres. Treize pour cent ont déjà été réparées, mais moins de six pour cent ont été reconstruites.

 

Il y a cinq centres CARMEN disposant d’un financement à hauteur de 1,8 million de dollars jusqu’à la mi-2012. Au cours des trois derniers mois, plus de 8 000 ménages se sont inscrits pour participer au projet, ce qui permettra à 19 000 personnes d’en bénéficier. Cinq mille Haïtiens ont commencé une formation en techniques de construction et une équipe d’ingénieurs a évalué plus de 3 000 maisons.

 

Si le projet disposait d’un supplément de cinq millions de dollars sur une période de deux ans, il pourrait fournir les services suivants : un appui technique destiné à évaluer 50 000 maisons, des subventions à près de 5 000 ménages à bas revenu sous forme de transferts d’argent par téléphonie mobile afin qu’ils procèdent eux-mêmes aux réparations, une formation pour plus de 20 000 personnes et la distribution d’environ 3 000 trousses de sécurité pour la construction.