CARMEN, expérience pilote d’appui à l’autoréparation et boîte à idées innovantes


« Avant de recevoir la subvention du projet CARMEN, je n’avais engagé aucune réparation dans la maison. Pour des raisons de sécurité, nous avions été obligés de nous installer pendant trois ans sous une tente dans un camp de 205 familles à Villa Manraise», confie pensif, Lariveau Widlin entouré des huit membres de sa famille.

Le cas de la famille de Widlin n’est pas une exception depuis le séisme du 12 janvier 2010 dans le quartier de Canapé Vert.  «Vivre sous tente dans des conditions difficiles sans même avoir les moyens pour réparer sa maison familial d’avant, c’était la règle ».

A retenir

  • Financé à hauteur de 3,3 millions de dollars sur une période de 19 mois.
  • 700 maisons réparées et 300 en phase de finalisation de réparation.
  • 7 000 maisons évaluées de façon détaillée.
  • 7 000 personnes formées sur les techniques de réparation dont 700 mâcons.
  • 12 781 familles accompagnées.

« J’ai vécu l’enfer pendant trois ans jusqu’au jour où la subvention de CARMEN est venue me rappeler qu’il était vraiment possible de sortir de cette situation »,  se rappelle Widlin. Près de 700 chefs de familles tiendraient un tel discours trois ans après le séisme. Sans revenus pour la plupart, réparer leurs maisons suite à cette catastrophe a été un vrai défi à surmonter.

Agé de 35 ans, Larivaux Widlin vit aujourd’hui dans une maison réparée suivant les normes recommandées par le Ministère des travaux publics, transports et communications (MTPTC).  Chômeur depuis plus de cinq ans, il avoue que sans la subvention et l’accompagnement technique du projet, les tentes seraient encore son seul abri durant cette saison cyclonique de 2013.

Sa gratitude ne vient pas seulement du fait que le projet ait construit sa maison, mais aussi parce que l’initiative l’a armé de la ferme conviction qu’il pouvait prendre en main son avenir

« La subvention du projet CARMEN n’a certainement pas suffit pour la réparation complète de la maison, mais cela m’a permis de croire que cela était possible. Car la philosophie de CARMEN n’était pas de nous prendre en charge mais de nous donner les moyens de prendre en main notre propre relèvement. A la subvention du  projet, il nous fallait ajouter notre part ».

Pour atteindre cet objectif, Widlin a dû compter sur une solidarité qu’il croyait morte dans les communautés et quartiers.  Comme une seule famille, les gens du quartier se sont engagés dans la réparation de la maison de leur voisin. Le souvenir de cette expérience a fait naître de grands espoirs chez Widlin.

« La solidarité de la population a été extraordinaire. En plus de la subvention du projet CARMEN, je peux sans risque de me tromper dire que le quartier a réparé ma maison. Cette expérience m’a permis de comprendre que le changement positif est possible dans ce pays », reconnait-il.

Plus de 700 autres familles ont pu réparer leurs maisons et y vivent maintenant sans danger.  Près de 300 autres familles ayant reçu une subvention du projet continuent leurs efforts pour finaliser les réparations de leurs habitats. Le projet a aussi contribué à la formation d’environ 7 000 personnes sur les techniques de réparation de maisons endommagées et de construction de maisons parasismiques et anticycloniques dont 700 maçons dans les  communautés de Port-au-Prince, Carrefour feuilles, Delmas, Fort National et Léogane.

Le projet CARMEN a aussi été la première initiative haïtienne à utiliser le transfert mobile d’argent par téléphone pour la réparation des maisons. Grâce au projet pilote CARMEN, le PNUD dispose d’une base de données sur les évaluations détaillées de 7 000 maisons en attente d’engagement des bailleurs pour encourager la volonté des chefs de familles à l’instar de Widlin.

Après 19 mois de mise en œuvre, le projet CARMEN sert aujourd’hui de boîte à idées pour plusieurs initiatives en Haïti et dans d’autres pays de l’Amérique latine. Le projet 16 quartiers / 6 camps  utilise également aujourd’hui la méthodologie de cet engagement du PNUD auprès de la population.

Le projet CARMEN répond à la stratégie du PNUD visant à remédier à deux grandes formes d’exclusion qui résultent de la pauvreté : l’exclusion physique des personnes qui, notamment suite au tremblement n’ont plus accès à un toit et à un quartier décent, et l’exclusion économique.  Le projet CARMEN a été le premier pas de cette priorité sur le long terme.