• Le miel de Ouanaminthe : imminent retour sur le marché

    25 août 2014

    Un apiculteur à Ouanaminthe cultivant un miel de qualité
    Un apiculteur à Ouanaminthe cultivant un miel de qualité. PNUD Haïti

    Le miel de Ouanaminthe est connu pour sa grande qualité depuis des décennies. Dans les années soixante, il était largement réputé comme le meilleur d’Haïti voire de l’Ile. Répertorié depuis le début de cette année par le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) comme l’un des produits typiques prioritaires du Nord’Est, sa production est encouragée par le PNUD qui reconnait son potentiel de développement économique et de création d’emploi.

    La Coopérative apicole de Ouanaminthe (CAO) est considérée comme le premier acteur de la production de miel dans le Nord’Est. Créée en 1962 par des prêtres catholiques, la CAO s’est engagée à produire  un  miel exceptionnel, vendu à l’époque sur le marché européen (notamment en France et en Allemagne). Après deux décennies florissantes d’exportation entre 1962 et 1981, la coopérative, réorganisée par le Conseil National des Coopératives (CNC), décline rapidement. Le Conseil d’Administration où siégeaient ces prêtres en tant que membres d’honneurs et surtout comme fidèles alliés techniques, se voit imposer une structure qui ne reconnaît plus les prêtres et condamne précocement sa production de miel. Les prêtres sont mis à la porte alors que des luttes intestines déchirent la coopérative d’apiculture de Ouanaminthe. Le déclin progressif de la production de miel et de sa qualité aboutit finalement à la perte des marchés européen et national. En parallèle, la déforestation et l’utilisation de pesticides éloigne les abeilles alors que les maladies et les acariens déciment des ruches encore trop vétustes pour y résister efficacement.

    Ces différents défis qui font obstacles à la relance de la production du miel de qualité appellent à une intervention multilatérale. En effet, la coopérative nécessite notamment un renforcement de sa capacité de gestion, un appui pour renouveler son statut légal, une modernisation de son matériel, un appui technique et un suivi pour la commercialisation, la recherche d’un marché et le marketing pour le miel et ses produits dérivés.

    C’est dans cette perspective que le PNUD, grâce à deux de ses projets dans la région, s’engage à intervenir pour cette filière de l’apiculture. D’abord, à travers le projet Binational à Ouanaminthe/Dajabon (PNUD République Dominicaine – Haïti)  qui œuvre pour le développement économique local au niveau de la zone frontalière de marché et encourage la production locale afin de stimuler les flux commerciaux et dynamiser la région en termes d’entreprises et d’emplois. Ensuite,  grâce au Programme de Développement des Fournisseurs (liiink PDF) qui offre  un accompagnement pour une optimisation de la filière en cherchant à lier les fournisseurs aux acheteurs, en optimisant la production afin d’augmenter les revenus et permettre une croissance économique tout en créant de l’emploi.  Alors que le PDF se chargera d’accompagner la coopérative dans ses démarches légales, dans son plan d’affaires et son accès au marché, l’outil  Ann Ale (link article) fournira  un appui marketing et lignes graphiques (cartes de visites, panneaux, logos). Un réel « face-lifting » de la coopérative sera donc proposé afin d’assurer sa visibilité au niveau local et national.

    De plus, le projet de sécurité alimentaire ProHuerta (link), étendu dans les dix départements d’Haïti, consacre aussi un volet entier à l’apiculture du Nord’Est. Dans le cadre de ce projet, la culture biologique grâce à des jardins potagers familiaux permet aux familles de subvenir à leurs besoins nutritionnels et s’assurer d’une alimentation plus variée et donc équilibrée. L’appui à l’apiculture par ProHuerta sera avant tout technique au travers d’experts de l’Institut National Technique Agricole et de techniciens locaux en apiculture. Ainsi, la coopérative sera en mesure de garantir la qualité de son miel, permettant une labellisation organique/biologique afin qu’il atteigne les normes sanitaires et alimentaires nécessaires et puisse atteindre les marchés les plus exigeants.

    La coopérative apicole de Ouanaminthe est désormais à l’intersection même d’une synergie engagée par plusieurs projets du PNUD qui relèvent de l’inclusion économique et de réduction de la pauvreté. Son président Joseph Ronald s’en réjouit : « Nous avons déjà eu beaucoup de réunions et de discussions qui n’ont jamais abouti à des résultats. À présent, nous avons vu que l’équipe du projet du PNUD est basée à Ouanaminthe et nous a déjà rendu plusieurs fois visite. Nous sommes heureux de voir que ceci annonce une deuxième vie pour la coopérative. » La CAO est soutenue par deux projets de manière complémentaire et cette synergie promet d’être le catalyseur qu’il faut pour ce produit typique.

    La relance du miel de Ouanaminthe contribuera non seulement au développement économique local, mais par ses particularités, engage à la lutte contre la déforestation, à la dynamisation d’un produit typique de la région et ouvre la porte à l’exploitation de tous ses produits dérivés. En effet, le propolis, la cire ou encore la gelée royale font partie des produits très demandés dérivés de l’apiculture et à haut potentiel de commercialisation. A quand un retour du miel de Ouanaminthe sur les rayons des supermarchés de Port-au-Prince et d’ailleurs ?