La renaissance des quartiers. Histoires vécues, deuxième partie.

08 nov. 2013

La renaissance des quartiers à carrefour-feuilles (Sicot). © PNUD-Haïti La renaissance des quartiers à carrefour-feuilles (Sicot). © PNUD-Haïti

En juin 2012, les rues de Carrefour Feuilles, Delmas, Pétion Ville et des autres quartiers étaient finalement déblayées. Notre objectif avait été atteint. La vie des communautés avaient repris leur cours, mais notre mission n’était pas encore terminée.

Au sein du projet, il nous est venu une idée : il fallait collecter les débris et les recycler pour les rendre aux gens des quartiers sous une forme utile. Mais recycler, comment ? Pour en faire quoi ? Peut-on y arriver ?

Une autre aventure commençait… ainsi avons-nous lancé des tests pour confirmer qu’ils  étaient recyclables.

Tester si les débris sont recyclables, c’est un peu comme tester de la farine pour savoir si elle est bien appropriée pour préparer un gâteau. Et nous avons été chanceux! La farine était bien ce qu’on attendait, notre gâteau c’était un pavé de rue.

Quelle fierté, quel aboutissement ! Ces pavés de rue ou adoquin, produits à partir de débris recyclés ramassés dans les quartiers pourraient retourner dans ces mêmes quartiers sous forme de trottoirs, de chemins dans des rues qui jusqu’alors étaient impraticables.
 
Cela me paraissait magique, incroyable. Les débris que nous associons à la mort après le tremblement de terre, se sont transformés en quelque chose qui était lié à la vie ! Adoquins pour marcher, pour jouer, pour se déplacer et pour danser. Adoquins pour transporter l’eau ou pour tout simplement marcher sans se salir les chaussures.
 
Nous avions commencé à réparer la rue Sicot et l’expérience était si fructueuse que nous avions continué avec Pingue, l’Impasse Eddy, Moravia et d’autres rues encore. Au total sept rues du quartier de Carrefour Feuilles. 

La première fois que la Directrice principale du bureau du PNUD nous a expliqué sa vision du projet, elle parlait des débris comme si c’était une porte vers le développement. Elle nous disait qu’en enlevant les débris des rues, qu’en les recyclant, qu’en les transformant, ils s’étaient convertis en un pont entre l’urgence et le développement. 

La première fois que j’avais entendu cette explication, je n’avais pas compris ce processus. Mais j’ai ensuite compris ! En 18 mois de travail, nous avions enlevé plus d’un million de mètres cubes de débris et grâce à cela 24 000 personnes ont eu un emploi temporel. Nous avions ensuite recyclé ces débris et les avons transformés en adoquins. Ces adoquins ont permis l’avancement nécessaire pour passer de l’urgence au développement. Nous avions fait le travail avec patience même quand les choses n’allaient pas toujours comme nous le souhaitions. Nous faisions le travail en pleurant, quand nous rencontrions les cadavres.  Nous le faisions avec joie, quand enfin nous pouvions recycler les débris. Nous nous sentions débordés de joie quand nous avions terminé la réparation des quartiers avec les adoquins produits des débris. Nous avions fait tout ça quand presque personne n’avait l’espoir de voir une Haïti presque complètement débarrassée des tas de débris, comme elle l’est aujourd’hui. Nous l’avons fait quand presque personne n’était capable de voir le bourgeonnement du développement dans l’urgence même.
 
Toute cette aventure qui a commencé avec une réunion de 8 hommes et qui a terminé avec 3 femmes à la tête du programme,  symbolise pour beaucoup de gens un pont entre l’urgence et le développement. Et sans doute pour nous qui l’avons vécue, cette aventure nous marquera toute notre vie.