• Le monde que les Haïtiens veulent

    08 juil. 2013

    Un message texte par téléphone à 9h30 : « J'en suis déjà à 40 votes à Pilate ». Un appel quelques heures plus tard « Ici à Limbe, il y a beaucoup de monde et ils veulent tous  remplir le formulaire d'enquête, je vais bientôt être à cours de bulletins de vote!». Je pense aussi aux volontaires qui mènent l’activité sur les sites de Port-au-Prince, « Comment se passe la mobilisation de leur côté ? ». Une petite poignée de volontaires armés d'un crayon explique et recueille la voix des populations haïtiennes pour la transformer en vote, en engagement citoyen pour le nouvel agenda de développement post-2015.

    Le 28 juin dernier a eu lieu la cinquième édition de la Journée Caribéenne de dépistage du VIH/SIDA en Haïti organisée, comme à l’accoutumé, par le Comité de Communication sur le SIDA (CECOSIDA). Mais cette année, au rouge traditionnel qui teinte les logos des organisations de lutte contre le VIH/SIDA s'est ajoutée la palette de couleur de MY WORLD. Dans un effort simultané, des volontaires des Nations Unies, aidés par plusieurs volontaires de la Coalition Haïtienne des Volontaires (COHAIV), sont partis à la rencontre des plus pauvres et des plus marginalisés sur les douze sites de dépistages du pays avec une simple question à  la bouche en référence à l’enquête MY WORLD : quelles sont « vos » priorités pour un monde meilleur ? 

    MY WORLD est l'enquête globale par laquelle les Nations Unies entendent impliquer les populations du monde entier dans l’élaboration du nouvel agenda de développement devant succéder au cycle des objectifs du Millénaires pour le développement (OMD) qui se terminera en 2015. Chaque votant peut choisir les six priorités les plus importantes à ses yeux parmi une liste de seize. La liste proposée couvre les huit OMD existants mais aussi des thèmes nouveaux tels que le développement durable, le respect de l’environnement, la gouvernance, la transparence et la sécurité des peuples.

    Cette enquête, lancée dans 194 pays, a pour ambition d’être un processus participatif et consultatif de grande ampleur destiné à alimenter en données statistiques les discussions des différents groupes internationaux de haut niveau à qui les Nations Unies ont confié la tâche de rédiger ce nouvel agenda de développement. Voici un message plutôt difficile à faire passer dans les localités les plus reculées de l’Artibonite ou du Sud, où les OMD sont une formule bien abstraite et où la majeure partie de la population ne sait ni lire ni écrire.

    De la vendeuse de bananes pesées de l’autre côté de la rue à l’élève de primaire, en passant par l’agent de sécurité venu se faire dépister, nombreux ont été les curieux déterminés à donner leur avis. À la lecture des priorités de développement proposées, les visages prennent le masque figé de la réflexion et très souvent le choix se fait par un hochement de tête approbatif. Aucun doute, il s'agit bien là de problèmes concrets qui font partie du quotidien des Haïtiens. En une journée de mobilisation dans cinq départements (Ouest, Artibonite, Nord, Nippes et Sud Est), plus de 900 bulletins de votes ont été recueillis. Même s'il est encore trop tôt pour une analyse rigoureuse des résultats, les premières observations du terrain confirment ce que la communauté internationale sait déjà : la santé, l'éducation et l'emploi sont les priorités en Haïti.

    « Voila encore qu'on enfonce une porte ouverte », dira-t-on. Et bien non. La portée de l'enquête MY WORLD réside moins dans le classement des thèmes prioritaires pour Haïti que dans l'apprentissage et l'exercice de la démocratie à l'échelle mondiale. MY WORLD est aussi un instrument qui permet de créer une communauté de citoyens engagés et informés participant à l'élaboration du nouvel agenda de développement post-2015, citoyens auxquels les décideurs des Nations Unies, des gouvernements et organisations internationales devront rendre des comptes. Voilà pourquoi la mobilisation autour de cette enquête a l’échelle des pays ne doit pas s'arrêter là ! En Haïti, le Programme des Volontaires des Nations Unies a joué un rôle de précurseur dans la diffusion de cette enquête auprès de la population en prenant l’initiative de traduire le bulletin de vote en créole.  Nos efforts trouvent maintenant échos auprès des différentes agences des Nations Unies et partenaires de la société civile haïtienne. Les esprits bouillonnent : créer une application pour téléphone portable, engager le secteur privé, les universités, les écoles et les réseaux d’église…  tous les moyens sont bons pour dessiner le monde que les Haïtiens veulent. 


A propos de l'auteur
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Clémence Roger

Chargée de Programme des Volontaires des Nations Unies