Notre perspective

      • Au-delà du tremblement de terre, les défis de développement d’Haïti

        19 avr. 2013

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        Samedi, 19 avril 2013, 11 heures à Viard, Baie de Henne. Les dix enfants de la famille Beaubrun* se regroupent en escalier presque parfait - de 0 à 17 ans - autour de l’enquêteur installé sur une vieille chaise bancale à l’ombre du porche de la maison en clisse et en paille. C’est leur mère qui répond aux questions de l’enquêteur en énumérant patiemment les noms, les âges et les niveaux d’éducation des membres du ménage. Plus tard, une fois la structure du ménage établie, l’agent lui posera des questions sur les conditions de vie du ménage – l’accès à l’eau, à l’assainissement, les matériaux et dimensions de leur logement ainsi que les actifs du ménage. C’est dans le cadre du pilote du Registre Unique de Bénéficiaires (RUB) visant la Commune de Baie de Henne qu’un groupe d’enquêteurs a gravi pendant deux heures la piste escarpée menant à cette communauté isolée et inaccessible en voiture sur la frontière de la commune avec Môle St. Nicolas dans le Département du Nord-Ouest. Cette initiative du Gouvernement d’Haïti conduite par le FAES -  le Fonds d’Assistance Economique et Sociale – et appuyée techniquement par le PNUD, vise à établir, à l’instar des pays voisins qui  Plus

      • Après 2015 : négliger les risques de catastrophes n'est pas une option

        13 mars 2013

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        Les risques de catastrophes tels que le séisme de 2010 en Haïti devraient être pris en considération lorsque les objectifs de développement sont créés et mis en œuvre. (Photo: PNUD en Haïti)

        Cette semaine, à Helsinki, la communauté internationale continue de débattre de ce qui va remplacer les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) après la date butoir de 2015. Alors que nous nous tournons vers l’avenir, une chose est sûre : nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer les risques de catastrophe ou les liens entre catastrophes et développement. Les catastrophes font reculer les gains du développement. Cela paraît évident lorsqu’un ouragan emporte une école. Mais les décisions relatives au développement peuvent, elles, influer sur les catastrophes, par exemple lorsqu’on bâtit des habitations qui ne sont pas aux normes antisismiques. Parfois, la relation est plus difficile à saisir : même si elle résiste aux séismes, une grand-route ne vaut rien si elle encourage les populations pauvres à s’installer dans une plaine inondable. Le nouveau cadre de développement doit intégrer les catastrophes, car ce sont les populations pauvres et marginalisées qui sont les plus vulnérables face à celles-ci. Les inondations de 2010 au Pakistan et le séisme en Haïti ou l’inondation de 2011 en Thaïlande en sont des exemples récents : les pauvres se voient privés de leurs récoltes, de leurs maisons, de leurs écoles et de leurs cliniques, et la lutte  Plus

      • Le jour où j’ai participé à ma première « caravane Kaeru »

        01 févr. 2013

        Vendredi 1er février 2013, Japon –  Le mot japonais « Kaeru » est l’équivalent du français « grenouille ». Il désigne ici une caravane et surtout mon coup de cœur, en matière de protection civile, de ces deux dernières semaines. La caravane Kaeru a déjà rebondi dans plusieurs villes japonaises et a même dépassé les frontières du pays. Le 27 janvier, elle s’est arrêtée au Centre de l’Agence japonaise de coopération internationale à Kobe. Pendant une journée, le logo vert et blanc, représentant la tête de l’amphibien, était servi à toutes les sauces, dans une grande variété de tailles et sous plusieurs formes. Ce jour-là, j’étais indifféremment curieux comme un enfant au seuil de l’âge de raison et appliqué comme un professeur d’école primaire. J’ai parcouru, d’un bout à l’autre, tout le circuit de l’événement en vue mieux de m’informer, d’accompagner les visiteurs et d’apprendre aussi en m’amusant. Pour l’occasion, les organisateurs et leurs partenaires – des sapeurs pompiers, des enseignants, des volontaires… - ont proposé un florilège d’activités : la technique des nœuds de corde ; le transport des blessés sur une couverture transformée en civière ; l’utilisation d’extincteurs à eau ; la distribution de rations alimentaires d’urgence ; la composition d’un kit d’urgence ; l’expérimentation du simulateur de  Plus

      • Marcher dans les rues de Kobe pour Haïti et pour le Japon - lettre 1

        17 janv. 2013

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        Aujourd’hui j’ai marché dans les rues de Kobe. J’ai marché, pendant plus d’une quarantaine de minutes, en souvenir de milliers de personnes qui sont mortes dans le tremblement d’Hansi-Awaji, survenu le 17 janvier 1995. Je l’ai fait en même temps que 5000 Japonais, toutes générations confondues, dans une ambiance à la fois de méditation et d’espoir. Du recueillement pour ceux qui sont partis, il y a 18 ans ; mais surtout l’espoir de toute une communauté qui, depuis, a su renaître de ses décombres et continue chaque jour de se préparer pour ne plus revivre de tels cauchemars. J’ai marché deux kilomètres. Mais dans ma tête, j’ai marché d’un bout à l’autre du monde. Puisque loin, très loin d’ici et cinq jours plus tôt, mon pays Haïti commémorait, lui aussi, le troisième anniversaire d’un autre tremblement de terre très lourd de conséquences : celui du 12 janvier 2010. Aussi, dans les rues de Kobe, pendant la marche du souvenir, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celles et ceux qui sont disparus chez nous, parmi eux des amis et de proches collaborateurs. Entre recueillement et espoir, je me suis senti si loin d’Haïti pour la commémoration, mais si proche aussi quand  Plus

      • Au-delà des montagnes, un meilleur avenir pour les Haïtiens

        11 janv. 2013

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        Une jeune femme entrepreneur en Haïti. Photo: PNUD en Haïti

        « Au-delà des montagnes, encore des montagnes », dit un vieux proverbe haïtien, en rappel des défis démesurés que cette demi-île caribéenne a dû relever depuis la nuit des temps. En tête de liste, le séisme de 2010 qui a fait plus de 200 000 morts, déplacé 1,5 million de personnes et ébranlé ou rasé quelque 300 000 bâtiments. Son impact a été le plus dévastateur dans la capitale hyperurbanisée et surpeuplée du pays où il a provoqué des ruines inimaginables et détruit environ 80 pour cent de l'économie de la ville. Mais les Haïtiens sont habitués à escalader les montagnes. Le gouvernement, le secteur privé et les organisations internationales travaillent avec les familles et les communautés à reconstruire le pays et à relancer l'économie. Les femmes, qui dirigent presque 50 pour cent des ménages, jouent un rôle clé. Placer les Haïtiens et leurs communautés au cœur du processus de relèvement est essentiel. Dans les quartiers, ce sont les résidents qui fixent les priorités en termes de reconstruction des maisons et des infrastructures, avec une attention toute particulière aux risques spécifiques aux citadins. Pour permettre aux familles de prendre elles-mêmes en charge la réparation et la reconstruction de leurs maisons, le  Plus

      • Haïti en avant, paroles de femmes

        26 déc. 2012

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        Haïti, trois ans plus tard… depuis le séisme dévastateur du 12 janvier 2010,  d’énormes d’efforts ont été consentis pour aider le gouvernement à atteindre ses objectifs et améliorer les conditions de vie des Haïtiennes et Haïtiens. Les séquelles du tremblement de terre qui a fait plus de 200 000 morts, endommagé ou détruit plus de 300 000 bâtiments et laissé 1,5 million de personnes déplacées, sont encore visibles dans la capitale et dans les régions avoisinantes. De plus, Haïti a été frappé au cours de l’année 2012 par le passage de la tempête Isaac et de l’ouragan Sandy qui ont provoqué des pertes en vies humaines et des dégâts considérables, notamment dans le secteur de l’agriculture. Cependant, Haïti change, Haïti avance. C’est un mythe d’affirmer que la reconstruction n’existe pas dans le pays et que rien n’a été accompli. Les changements sont visibles et les femmes haïtiennes qui représentent près de la moitié des chefs de famille, en sont les vaillantes actrices et témoins quotidiennes. Le gouvernement, le secteur privé, les organisations internationales ne sont pas les seules forces motrices de la reconstruction. Les familles, les communautés et les femmes sont elles-mêmes au premier rang des efforts communs et jouent un  Plus

      • Un pas de plus vers une aide qui renforce

        15 déc. 2012

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        Pays hautement dépendant de l’aide (plus de 70% du budget financé par l’aide externe en 2011-2012), Haïti peut difficilement planifier son développement sans avoir un minimum de connaissance et de contrôle sur ce « budget extérieur » fourni gracieusement par la communauté internationale. En effet, la transparence des financements extérieurs dans l’espace et dans le temps et l’assurance que ceux-ci ciblent les priorités nationales sont des prérequis pour que le Gouvernement puisse déterminer l’allocation optimale de ses ressources et ensuite évaluer leurs effets sur ses objectifs de développement. Pourtant, en Haïti comme dans beaucoup d’autres pays dits fragiles, l’assistance est fragmentée en de nombreux projets qui ne sont souvent ni cohérents entre eux, ni alignés sur les priorités et les stratégies nationales. L’aide humanitaire transite essentiellement par des organisations parallèles au Gouvernement et de plus, une fois la phase humanitaire terminée, de nombreux bailleurs continuent à utiliser ces systèmes parallèles de gestion de l’aide. Ce manque de contrôle durant les phases d’exécution se double d’un manque d’appropriation durant celles de préparation et de sélection. Les musiciens sont là, mais tout le monde ne joue pas la même partition. Ainsi, force est de constater, selon le dernier rapport de l’Envoyé spécial de l’ONU en  Plus

      • Discussions sur le changement climatique à Doha : quels enjeux pour les pays pauvres ?

        03 déc. 2012

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        L'adaptation au changement climatique en Inde Photo: PNUD Inde

        Alors que des milliers de personnes se réunissent cette semaine à Doha pour aborder le dernier volet des discussions relatives au climat, il est important de souligner les conséquences que pourrait entrainer l’absence de progrès dans ce domaine pour les pays les moins développés. Dans les pays en développement, ce sont les populations pauvres qui courent le plus grand risque face au changement climatique. Celui-ci amplifie des vulnérabilités existantes, comme par exemple en Afrique, où ce sont les populations pauvres qui sont les plus touchées par la sècheresse, les inondations, la famine et autres effets du changement climatique. Si nous ne parvenons pas à faire un pas vers un nouvel accord global sur le climat, nous risquons de compromettre les avancées réalisées jusqu’ici dans les pays en développement et de mettre en danger la vie, les moyens d’existence et l’avenir de leurs populations.   Nul besoin d’attendre que les Etats Membres des Nations Unies parviennent à un accord global sur le climat ou qu’ils finissent de négocier le programme de développement post-2015. Il y a suffisamment à faire au niveau des gouvernements sous-nationaux, des communautés, de la société civile et du secteur privé. C’est d’ailleurs à ce niveau-là que résidait une  Plus

      • La lutte contre le sida, un combat toujours d’actualité

        29 nov. 2012

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        Programme de prévention et de soins VIH / SIDA au Sud-Soudan. Photo: PNUD au Sud-Soudan.

        Les actions menées contre le VIH à travers le monde ont accompli des progrès remarquables. À la fin de l’année 2011, plus de 8 millions de personnes avaient accès à un traitement indispensable à leur survie, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2003. Les nouvelles infections à VIH ont également diminué sensiblement dans de nombreux pays, notamment parmi ceux qui enregistrent une forte prévalence du virus. Cependant, l’exclusion sociale, les inégalités et les violations des droits de l'homme continuent de favoriser la propagation de l’épidémie et d’autres maladies, qui frappent de manière disproportionnée les femmes et les populations marginalisées. Celles-ci englobent notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les consommateurs de drogues, les professionnel(le)s du sexe et les personnes transsexuelles. D’après un rapport de la Commission mondiale sur le VIH et le droit daté de 2012, les environnements juridiques discriminatoires et punitifs, la violence et autres sévices contribuent également à la propagation du VIH. Une meilleure application des mesures législatives protectrices, combinée à des politiques de protection sociales couvrant les personnes touchées par le virus, pourront permettre la mise en œuvre d’actions efficaces et inclusives, susceptibles de réduire à leur tour les inégalités et de  Plus

      • Vers un consensus national et une participation citoyenne dans la lutte contre la pauvreté extrême

        27 nov. 2012

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        Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU définit la pauvreté comme “la condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé de manière durable ou chronique des ressources, des moyens, des choix, de la sécurité et du pouvoir nécessaires pour jouir d'un niveau de vie suffisant et des autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux.” Quand le phénomène atteint une plus grande ampleur, on parle de pauvreté extrême. Selon les chiffres du dernier Rapport du Secrétaire Général de l’ONU sur les OMD (2012), ce phénomène touche 1,4 milliard de personnes dans le monde soit 15.5% de la population mondiale. En Haïti, plus de la moitié de la population vit avec moins de $ 1 par jour.  La situation tend même à s’aggraver ces dernières années suite à des chocs externes successifs – les catastrophes climatiques de 2008, le séisme du 12 janvier 2010, et plus récemment le passage des tempêtes tropicales Isaac et Sandy – ne cessant de causer des pertes importantes. Aussi, pour être plus efficaces dans leurs interventions de lutte contre la pauvreté et répondre aux besoins réels des populations, il est essentiel pour les États de favoriser la participation des populations les  Plus